Le 30 janvier 2005, Jean-Hugues Curaudeau mettait un terme à BMX’air. En Juillet 2005, la FFC lui confiait le poste de responsable presse et communication sur les championnats du Monde à Bercy. Depuis cette date, plus de nouvelle. Le voilà donc aujourd’hui de passage pour nous livrer sa vision du bmx.

BMX2DAY | Jean Hugues, peux tu te présenter pour le peu de gens qui ne te connaîtraient pas ?
Jean Hugues Curaudeau |Pour faire simple je suis né le 23 mai 1968 à Bordeaux. Après des études d’Arts Appliqués j’ai attrapé le virus de la photo à 17 ans. J’ai découvert le BMX grâce à mon frère et je crois avoir fait ma première course en 1984 à Barbazan Debat dans les Hautes-Pyrénées. Je me suis assez vite investi administrativement dans le BMX au sein de la ligue Aquitaine comme délégué des pilotes mais aussi comme responsable freestyle. J’ai du reste travaillé pour que la commission freestyle soit recréée au sein de l’AFB et j’ai signé le rattachement de la structure freestyle AFB vers la FFC. En parallèle, j’ai été entraîneur diplômé de l’EBF et j’ai collaboré avec Michel Lalande sur la mise en place et la validation du premier et certainement le seul stage de commissaire en Freestyle. Sans oublier que je fus speaker sur les épreuves de race en région et sur les épreuves de freestyle, dont quelques-unes en national. Indoor de Tours notamment puisque je fus speaker officiel du team GT France. De même, j’ai co-organisé le premier Bicross Indoor de Bordeaux dans le cadre du salon auto-moto du Lac. Voilà rapidement mon cursus dans le BMX.

Raconte-nous rapidement ton parcours journalistique ?
Il a commencé avec le BMX et il s’est achevé avec le BMX. Je suis un autodidacte, à peu près dans tout ce que j’ai fait. A 17 ans, j’ai frappé à la porte de Bicross Magazine où j’ai fait la connaissance de Didier Coste, Pierre Parret, J.PH Béquet et Jean-Pierre Montiel. Certains lisaient Beckett mois je lisais Béquet et je regardais les images de Montiel. Ce sont mes pairs dans le métier. Mes modèles du départ. J’ai collaboré à Bicross Mag jusqu’en 1990 et j’ai fait deux Bercy pour eux. Après, la galère pour entrer dans le métier. D’abord comme photographe puis comme rédacteur. Et puis tout a démarré en 1993 où j’ai fait mon stage de photojournalisme au Figaro. De là, je suis allé faire des piges à l’AFP à Caen et en parallèle je bossais pour une agence qui avait le contrat des images Panini sur le foot. J’en garde un super souvenir. En 1994, grosse opportunité puisque je pars couvrir le Dakar avec le photographe officiel. Je le salue au passage, c’est un mec bosseur qui m’a appris plein de choses pour mon métier. Puis, en avril 94 j’intègre un groupe de presse dans le nord de la France, spécialisé dans l’automobile, le cyclomoteur et le scooter. Je n’y ai pas toujours été très heureux mais là encore j’ai appris à me battre dans un milieu qui est loin d’être toujours amical. J’ai couvert les 24 heures du Mans, un GP de F1, beaucoup d’épreuves de rallye automobile (j’ai connu Sébastien Loeb à ses débuts), mais aussi du Rallycross et plein d’autres manifestations automobiles, en Porsche notamment. J’ai dirigé plusieurs revues en collaboration avec des collègues et puis un jour j’en ai eu marre. Juin 2002, je partais et en septembre je créais BMX’air. Mais j’ai aussi écrit pour la presse locale dans le domaine culturel et historique et j’ai officié deux années comme photographe officiel d’un festival de musique classique. Donc tu vois, le vélo c’est vraiment 10% de mon travail.

On ne va pas reparler de BMX’air, tout le monde connaît plus ou moins le sujet mais globalement comment as-tu réagi lorsque tu as annoncé la fin du mag ?
J’ai réagi comme gérant et directeur de société. Donc en financier. L’erreur aurait été de réagir en passionné et de s’enfermer dans une idée qui n’aurait pas abouti à une décision pragmatique. Le bateau ramait, certes, mais rien n’était perdu. Et puis on a pris un coup fatal début janvier. Un annonceur voulait tout simplement nous obliger à faire une fausse facture. Comme cela portait sur un gros budget et que la négociation fut impossible, j’ai convoqué mon comptable et l’on a pris la décision en 24h heures. Ce fut dur mais aujourd’hui je ne le regrette pas. On a clôturé les comptes relativement proprement. Seuls nos abonnés n’ont pas pu récupérer leur mise. Je suis désolé pour eux.

Et depuis, qu’as-tu fait ?
Et bien rien de très glorieux. Juste après l’annonce de la clôture de BMX’air, je me suis enfermé chez moi pendant 4 semaines pour terminer un roman que j’avais commencé en août 2002. Il n’a pas encore trouvé d’éditeur mais j’ai eu la chance de recevoir le soutien de Jean d’Ormesson de l’académie française, qui, en plus de ses vœux m’a encouragé à persévérer. Et tu vois, j’ai repris l’écriture il y a une semaine dans un registre très différent mais toujours pour un roman. La littérature est le domaine qui me séduit le plus aujourd’hui. Et puis j’ai offert mes services à la FFC pour m’occuper de la salle de presse à Bercy, bénévolement, comme tout le monde.

On ne t'as plus vu sur une épreuve depuis l'open Koxx, malgré cela as-tu réussi à te tenir informé du BMX ?
Je me suis non seulement tenu informé mais en plus le fait d'être hors de la bulle BMX m'a permis de réaliser encore plus à quel point notre sport est confidentiel dans l'esprit des gens et dans les médias.

As-tu déjà reçu des propositions de la part de la fédération pour t’occuper de la communication du BMX ?
Jusqu’alors, j’ai toujours entretenu de bonnes relations avec Jean Pitallier. C’est pourquoi, en mars 2005, je lui ai fait une proposition. Il m’a répondu qu’il ne pouvait y donner suite pour des raisons financières. Mais s’il le souhaite, demain je suis prêt à étudier avec lui une proposition pour un poste de chargé de communication détaché sur le BMX au sein de la FFC.

Que penses-tu du fonctionnement du BMX maintenant ?
Je pense qu’il faut arrêter de se gargariser avec les sponsors. La France ce n’est pas les USA. De plus, notre pays traverse une grave crise plombée par la sinistrose et le manque de réactivité des actifs. C’est notre esprit Gaulois qui nous tue! Tout le monde veut le changement et personne n’accepte les réformes. Comment monter des actions concrètes dans un tel climat ? En 2004, j’ai négocié pour l’indoor de Tours le budget du partenaire principal. Mais c’était facile parce qu’il s’agissait d’un partenaire du cru. On a vu avec Bercy que pour négocier un budget qui avoisinait les 80 000 euros, l’affaire était complètement différente. Mon métier de journaliste m’a fait naviguer dans des milieux très importants dans le sport. Pour te donner une idée, la salle de presse des championnats du Monde de Bercy c’est même pas le quart de la salle de presse du Rallye du Touquet. Alors je ne te parle même pas de la salle de presse du Mans, de Magny-Cours ou de San Marin. Trois circuits que je connais . Faire des relations presse, c’est un job à plein temps qui nécessite une parfaite connaissance des médias. L’à peu près n’a pas de place dès lors que l’on souhaite une performance. Sur les grandes épreuves de BMX, ce qui manque, c’est une personne compétente, à 100%, sur le terrain, pour développer et diffuser l’information. Je suis actuellement membre des Professionnels de la Communication en Aquitaine. Régulièrement, il y a des réunions d’informations où je côtoie des pros qui travaillent sur des plans de com bien plus importants que le vélo. Exemple La Poste, Suez, Casino de jeux, Lyonnaise des Eaux etc.. Avec eux, j’ai vu combien une bonne communication a des répercutions économiques importantes. Actuellement, des gens comme MBK, Koxx ou Alvarez ont besoin de se développer. Et la FFC également. Ce qui touche les uns fini par affecter les autres. Tout le monde sait ça. Si la FFC venait à fournir de gros efforts de communication sur le BMX en englobant le développement commercial du BMX, elle verrait d’un coup qu’elle a autour d’elle des partenaires qui jusqu’alors étaient en sommeil. Ma vision, c’est de nommer un chargé de com BMX puis de réunir les pros du business et la CNBMX pour mettre en lumière les points essentiels d’un projet d’action sur le long terme.


Il y a quand même la tournée BMX organisée par la FFC. N’est-ce pas une bonne chose ?
C’est une très bonne initiative. Aller à la rencontre des gens c’est effectivement ce qu’il faut faire. Mais ce sont des initiatives et des actions parmi tant d’autres qui restent encore à créer.Je pourrais être très critique et très franc en même temps. Et c’est sans doute pour cela qu’il y a des gens pour me le reprocher. Mais il faut ouvrir les yeux. Pour autant, on ne fera jamais du BMX un sport aussi populaire que le foot et le Tennis. Seulement je pense que l’on peut parvenir sur 5 ans à 15 000 licenciés par an, avec plus d’actions de communication, ce qui en terme de trésorerie changerait largement la donne. Voilà pourquoi je suis persuadé qu’il faut une personne chargée de tout centraliser pour mieux répercuter l’information.

Parles-nous de ton travail sur les championnats du Monde à Bercy...
Très simple et fastidieux à la fois. Deux semaines avant l’épreuve je montais des dossiers pilote par pilote, français et étranger. Puis, je suis allée quelques jours au siège de la FFC pour travailler avec Sylvie et mettre au point différents détails. Sur Bercy, je suis arrivé le jeudi et j’ai tout de suite réalisé un communiqué de presse pour l’ensemble du carnet d’adresse presse qui était à ma disposition. Ce travail, je l’ai fait chaque jour. Je me suis également occupé des journalistes télé et radio pour les guider vers les bons pilotes et leur faire une présentation de l’épreuve in situ. En salle de presse, j’ai veillé à ce que tout le monde ait les résultats à temps dans les casiers. J’ai géré, sous l’autorité d’Enrico Carpani, les chasubles. Le samedi soir à 18h, je suis entré en régie télé pour assister Jean-Louis Machu dans la réalisation du 52mn et du direct Europsort. Ensuite, j’ai donné un coup de main en régie à Christian Choupin sur le montage du sujet. Je ne suis donc sorti de la régie qu’à 3h30 du mat. Et dimanche matin j’ai quasiment passé ma journée en salle de presse à rédiger les derniers communiqués , gérer les chasubles et tous les petits problèmes de dernières minutes liés aux demandes des journalistes. Enfin, j’ai participé à la cérémonie protocolaire où, avec Sylvie et Enrico, nous devions escorter les Pilotes vers la salle de presse pour la conférence. C’était du job mais c’était super.

Et d’après toi c’est ce qu’il faut faire sur toutes les épreuves ?
Outre le travail spécifique avec France Télévision, il faut faire bien plus. C’est en amont que le travail sera compliqué. Le jour d’une épreuve, si tout a été correctement organisé et pensé, tu ne dois gérer que les imprévus.

Que penses-tu de l’évolution du règlement et des décisions de la CN ?
Par courrier du 21 février 2005, j’ai fais parvenir un dossier à la FFC qui se nomme « projet de réforme du sport BMX et de la réglementation». Dans ce dossier, je parle de nombreuses choses et notamment de la nécessité de créer plus d'épreuves régionales, de séparer les catégories au niveau national et de créer une épreuve élite sur le Roc d’Azur. Ce que l’UCI va faire prochainement. J’ai de plus écrit un règlement technique complet de 51 points qui englobe la construction d’une piste et d’une butte de départ. Je suis heureux de voir que ce qui se passe en ce moment va dans le même sens que ce que j’avais proposé. En revanche ce qui ne me semble pas aller dans le bon sens, c’est la concentration d’épreuves sur un même week-end. Cette saison 2006 n’est pas sur le bon schéma. Ce n’est pas en « gavant » de courses des sportifs sur un week-end que l’on fera un championnat plus attractif. Les pistes aussi me semblent mal adaptées. Une bonne piste c’est une piste où l’on peut sauter et enrouler avec la même vitesse, c’est du reste l’avis de Denis Labigang. Ici dans le sud-ouest 99% des pistes sont mal réalisées et ne permettent pas de faire autrement que de prendre des risques pour s’amuser. Comment voulons-nous dans ce cas séduire plus de gens avec notre sport. Plus un sport est difficile à pratiquer, moins il s’ouvre à la masse. L’amplitude moyenne de jambes d’un pilote de 1,80m est de 60 cm. Ici, on a des pistes avec des creux de 80cm minimum ! C’est du n’importe quoi. Le sport doit être un plaisir et le dépassement physique peut se situer aussi dans le sprint tactique. Paradoxe suprême, les français ne cessent de prendre en exemple le BMX américain et ils critiquent les pistes rondes ! Et pourquoi pas les pilotes élites en jean et pull sur une grille de départ tout en décorant son automobile avec du Troy Lee ou du Fox ? Quant aux pistes, si des racers veulent faire du dirt en compétition qu’ils participent à la Coupe du Monde UCI.

On termine avec des remerciements ?
Ah oui ! Merci à tous mes détracteurs qui m’ont fait plus de bien que de mal. Ils en sont pour leurs frais. Merci à Didier Coste, Jean-Philippe Béquet et Jean-Pierre Montiel qui ont guidé mes premiers pas dans le métier. Merci à René Nicolas et à Christine qui se sont investis, même à perte, pour ce sport. Merci à Michel Lalande à qui je pense souvent. Merci aux bénévoles qui sont la cheville ouvrière de la réussite et de la continuité des épreuves de BMX. Merci à toutes les personnes qui ont migré de l’AFB vers la FFC avec la même volonté de défendre cette discipline. Merci à tous les annonceurs (sauf deux !) qui ont soutenu BMX’air. Merci à Franck de chez Pacific Cycle pour son amitié et sa collaboration. Merci à mon ami Romain de chez Fox. Merci à tous les pilotes élites et nationaux avec qui j’ai roulé (Clem, Badkat, Thomas Hamon, Seb Paradis, Samy Jahidi, Xtoph Lévêque, Anne Rougié, Lydia, Cécile, Titia etc…) et merci à la FFC de m’avoir offert cette chance magnifique de faire partie de l’équipe du World de Bercy où j’ai pu, modestement, contribuer à la réussite d’une épreuve magnifique. Merci à Denis Labigang, Dominique Hermance et l’ensemble de ceux qui font avancer commercialement le BMX et tous les gens avec qui j’ai fait du bon boulot pour que les choses aillent vers l’avant.

 
 
Le 28 juin 2006 par Cyrille
Photos : Sébastien Lasserre
 
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